Un dimanche matin – Johanne Rigoulot

En juillet 2003, à Vilnius, Bertrand Cantat provoque la mort de sa compagne Marie Trintignant. Le couple était d’une beauté stupéfiante et le fait divers, un choc. On est pour ou contre Bertrand Cantat, dans un soudain oubli de toute conscience morale et politique. Parce que, des années durant, l’homme a porté nos idéaux avec un talent hors norme, dans cette virilité tranquille et ténébreuse, et nous a accompagnés dans les tréfonds de notre intimité, il est impossible à condamner. Pire, sa victime devient l’instigatrice de sa propre mort. Dans la presse, on lit des choses étonnantes. Une jeune femme, dans le courrier des Inrocks, trouve son sort enviable. “Partir sous les coups de son compagnon fou d’amour, écrit-elle, n’est-ce pas la plus belle manière de quitter la vie?” On cite Baudelaire, on convoque Rimbaud et Verlaine. Décidément, il nous a fallu beaucoup aimer Bertrand Cantat pour le dissocier de ce qu’il était devenu : un tueur de femme. Moins beau, moins talentueux, il n’aurait sans doute pas eu cette chance.
L’élégance est payante jusque dans le meurtre.

Il a fallu ça pour qu’elle parvienne à le quitter quelques jours avant notre déjeuner, sans porter plainte. Encore sous le coup de l’émotion, elle me dit : “Il avait plus mal que moi”.
La souffrance de l’autre anesthésie celle qu’elle provoque.
Sans doute faudra-t-il des générations pour cesser de construire culturellement les femmes dans cette empathie, qu’on s’empresse ensuite d’appeler fragilité. Dans les contes pour enfants, les princesses penchent la tête avec indolence et douceur quand les princes, eux, regardent droit vers l’avenir? La vie d’un couple ressemble souvent à ça.

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