Les choses humaines – Karine Tuil

Et le roman parfait pour clôturer le challenge « Mars au féminin »…

Les choses humaines de Karine Tuil s’inspire librement d’un procès ayant eu lieu aux Etats-Unis en 2015.

La première partie du roman plante le décor. On y côtoie une famille parisienne bourgeoise plutôt attachée aux apparences et au qu’en dira-t-on. La mère, Claire, est une essayiste féministe, le père, Jean, un célèbre présentateur d’émission politique, et le fils, Alexandre, est (bien entendu) brillant et promu à un bel avenir. Dans cette partie, toute une série de questions sont déjà abordées, entre stabilité et fragilité des relations humaines et plus particulièrement des relations de couple.

Et puis, évidemment, comme c’est un roman et pas un long fleuve tranquille, il faut bien que ça bascule à un moment sinon on se ferait un peu chier.

Après avoir pris position sur les agressions sexuelles en série commises la nuit du Nouvel An 2016 à Cologne et avoir été décriée par l’opinion publique, Claire va être confrontée à ses propres jugements. Une plainte a été déposée pour viol contre l’un de ses proches.

L’accusé avait bu et avait pris de la drogue, ses souvenirs sont flous. La plaignante est formelle. Si elle n’a pas osé dire “non” clairement ou tenter de fuir, c’est qu’elle avait peur et était tétanisée. La fameuse zone grise.

Petite parenthèse pour les Bruxellois, je vous conseille vivement à ce sujet de rester attentif au report du spectacle “Anna” qui devait se jouer aux Riches-Claires fin avril. Un texte de Pamela Ghislain sur la notion de consentement, dans une mise en scène dynamique de Sandrine Desmet, avec de très bons comédiens, à voir absolument !

Débute alors la 2e partie du roman, le procès. Karine Tuil, juriste de formation, prend ici un tournant intéressant pour la narration. L’originalité du roman réside dans le fait de suivre le point de vue de l’accusé. Que se passe-t-il dans la tête de celui qui est accusé de viol ? Ne se souvient-il vraiment pas ? Où se situe la frontière ? Si elle ne voulait pas, pourquoi l’a-t-elle suivi ? Déstabilisant.

Certains lecteurs l’ont, semble-t-il, trouvé un peu « cliché ». Je pense qu’il faut remettre le processus d’écriture dans son contexte.

Oui, en 2020, on a beaucoup entendu parler de la zone grise. Et pourtant, il n’est plus à prouver que c’est encore une notion délicate. Il suffit de regarder les infos et les violences qu’on qualifie encore de « faits divers » au lieu de « féminicide ».

Alors quand on se souvient que la rédaction de ce roman a commencé avant même la vague #Metoo, lorsque de nombreuses personnes n’avaient pas encore pris conscience de toute cette violence… je trouve un peu « injuste » de dire qu’il n’amène rien.

Certes, l’écriture est simple mais elle se révèle pourtant efficace. Une fois la seconde partie entamée, impossible de s’en détourner. Oui, la famille est un peu caricaturale au début, mais son évolution et les failles qui en découlent sont intéressantes.

Vous l’aurez compris, sans être un coup de coeur, c’est un livre dont j’ai beaucoup apprécié la lecture et qui mérite amplement le Goncourt des lycéens.

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