Le choeur des femmes – Martin Winckler

Roulement de tambour s’il vous plaît, rien de moins, pour ce roman-témoignage-coup-de-cœur-gros-comme-ça.

Une brique de presque 700 pages qui traînait depuis bien trop longtemps… jusqu’au jour où j’en ai lu les premières pages.

Boum.

Impossible de l’abandonner.

Un pavé qui se dévore en quelques jours, quitte à ne faire que ça. Oui comme je suis juste un tout petit peu en retard, je l’ai lu en juillet, j’étais en vacances, je n’avais pas vraiment d’obligations, ça aide.

Le choeur des femmes, initialement paru aux Editions P.O.L

Le choeur des femmes, c’est l’histoire de Jean Atwood, jeune chirurgien gynécologique, qui, pour valider son internat, doit passer 6 mois dans le service de « Médecine de la femme » dirigé par le Docteur Karma. Mais c’est surtout le récit d’un apprentissage car Jean et Franz Karma n’ont pas tout à fait la même manière de pratiquer.

La narration alterne entre le point de vue de Jean et, plus rarement, celui du Docteur Karma, et est entrecoupée de bribes de témoignages issus d’un site Internet, galerie de patientes qui racontent leurs expériences face aux médecins.

Je suis curieuse de savoir s’il y en a ici qui n’ont jamais été confrontées, directement ou indirectement via l’histoire d’une amie, à un(e) médecin qui se permettait d’émettre un jugement, que ce soit un « simple » haussement d’épaule, le refus d’un moyen de contraception, une remarque sur votre corps ou la manière dont vous vivez… enfin, à chaque page tournée, je me suis dit « mais oui ! ». Je m’y suis retrouvée plus d’une fois, j’y ai réentendu les anecdotes d’amies, j’ai aussi beaucoup pensé au très chouette compte Instagram @bordeldemères

Pourquoi tous les médecins à qui j’ai demandé une ligature des trompes, avant vous, m’ont-ils traitée comme une psychotique ou une débile profonde ? Je ne VEUX PAS d’enfant. Et je ne comprends pas leur logique à la con qui consiste à dire : « Ah, mais c’est irréversible, réfléchissez-bien, vous pourriez le regretter. » Qu’est-ce que c’est que ces conneries ? Quand on fait un enfant, c’est irréversible aussi, non ? En quoi décider de ne jamais en avoir, ça serait plus grave ou plus irréversible que le fait d’en avoir un ou trois ou huit ? (…) Aussi bien les bonnes femmes que les mecs, d’ailleurs. Les gynécos femmes, quand on leur dit qu’on ne veut pas d’enfant, c’est comme si on leur arrachait personnellement leurs ovaires. 

En comparant la manière d’exercer en France, en Angleterre ou encore dans certains pays nordiques, Martin Winckler nous confronte à l’arrogance de certains de ces professionnels de la santé.

D’après le dogme, une femme qui n’avait pas eu d’enfant était « plus sensible aux infections ». Lui poser un stérilet c’était comme lui mettre un bâton de dynamite dans l’utérus. Tandis qu’une femme qui avait déjà enfanté était « plus forte », « plus solide ». Vous voyez à quel point c’était une conception purement idéologique ? (…) Mais à l’époque, en France, on continuait d’affirmer que les stérilets étaient source d’infection, alors qu’en Angleterre ou dans les pays en développement, où on étudiait de près quelles étaient les méthodes de contraception les plus simples, les moins coûteuses et les moins dangereuses, on savait déjà que les infections étaient transmises par les partenaires, et que le stérilet n’y était pour rien. 

Plein de petites lumières s’illuminent, la médecine redevient humaine, la bienveillance de Franz Karma fait rêver et on espère, une fois dans notre vie, nous aussi, avoir la chance de tomber sur ce genre de perle rare.

Chaque fois que vous interrompez une patiente, vous l’empêchez de dire ce qui est essentiel pour elle. Chaque fois que vous remettez en question la véracité de ce qu’elle dit, vous la faites douter (…) ce n’est pas « faux » ce qu’elle ressent. Son interprétation n’est peut-être pas conforme aux acquis de la science, mais elle lui permet d’appréhender la situation d’une manière intelligible, de ne pas se laisser gagner par la panique. Notre boulot, ça n’est pas de lui dire si ce qu’elle ressent est « vrai », ou « faux », mais de chercher pour son bénéfice, et avec son aide, ce que ça signifie. Si tu veux que les patientes respectent ton avis, il faut d’abord que tu respectes leur perception des choses… 

Un roman que j’ai envie de mettre entre toutes les mains, mais surtout entre celles de mes amies & celles des soignants de mon entourage. Un seul petit bémol concernant la fin du roman, mais comme le propos n’est pas tout à fait là, je pardonne volontiers ce petit défaut à l’auteur.

Et pour en savoir un peu plus sur Martin Winckler, ce médecin-humaniste-romancier mais aussi père de famille, je vous laisse avec ce très bon podcast-interview :

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