La supplication – Svetlana Alexievitch

Je ne connaissais pas Svetlana Alexievitch avant la sélection du #readingclassicschallenge de l’année dernière sur Instagram. Et… je dois me rendre à l’évidence, j’ai visiblement un petit penchant pour les œuvres écrites par des journalistes. 

Sur Tchernobyl, des dizaines d’ouvrages ont été écrits, des milliers de mètres de bandes vidéo tournées… Ce livre, cependant, parle non pas de Tchernobyl mais du monde de Tchernobyl dont nous ne connaissons presque rien, non pas de la catastrophe mais de ce qui a suivi, d’un monde nouveau et différent, pour lequel il n’y a pas de langage.
« Trois années durant, j’ai voyagé et questionné des hommes et des femmes de générations, de destins, de tempéraments différents. Tchernobyl est leur monde. Il empoisonne tout autour d’eux, la terre, l’air, l’eau mais aussi tout en eux, la conscience, le temps, la vie intérieure.
Faire que ce que plusieurs racontent devienne l’Histoire : en voyageant, en cédant la parole à ces gens, j’ai souvent eu l’impression de noter le futur, notre futur. »
Ainsi parle Svetlana Alexievitch de La Supplication. Tout comme l’oeuvre de Primo Levi sur Auschwitz ou celle d’Alexandre Soljenitsyne sur le Goulag, son livre nomme l’indicible en faisant entendre, pour la première fois, les voix suppliciées de Tchernobyl.

Écrivain et journaliste biélorusse, dissidente soutenue par le Pen-Club et la Fondation Soros, rendue célèbre dans le monde entier par Les Cercueils de zinc, ouvrage mémorial sur la guerre d’Afghanistan, Svetlana Alexievitch a déjà reçu, en Allemagne, Le Prix du livre politique et Le Prix des Libraires pour La Supplication. Elle vient de recevoir le 8 octobre 2015 le Prix Nobel de littérature.

Editions JC Lattès

Tchernobyl, un sujet qui pourrait paraître épuisé. Et pourtant, à la lecture de cet essai (toujours interdit en Biélorussie), on s’aperçoit qu’on connaît peu de chose à ce sujet. Toujours les mêmes questions évoquées rapidement sur les bancs de l’école : pourquoi et comment cette explosion a-t-elle pu avoir lieu ? Combien y a-t-il eu de victimes ? Svetlana Alexievitch offre ici une vision encore plus poignante de ce drame en offrant la parole aux « anonymes ».

La supplication est un pêle-mêle de témoignages : scientifiques, membres du gouvernement, médecins, rescapés, employés de la centrale, pompiers dépêchés sur place, ouvriers chargés d’effectuer les réparations, etc.

Autant de voix que de destins avortés.

Une lecture instructive sur le régime soviétique et la désinformation, une immersion effrayante qui mérite bien ce Prix Nobel de littérature. 

En un extrait : « Et puis on a trouvé un signe auquel tout le monde prêtait attention : tant qu’il y avait des moineaux et des pigeons, la ville pouvait être habitée aussi par l’homme. Un jour, j’ai pris un taxi et le conducteur s’étonnait de la manière dont les oiseaux se cognaient contre le pare-brise, comme des aveugles. Comme des fous… Comme s’ils se suicidaient… »

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